Interview d'un gérant de fonds

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Jean-Charles Mériaux
Directeur Général
Directeur de la gestion
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DNCA Finance

Obtenir les meilleures performances dans le temps, tout en réduisant les risques liés à la volatilité des marchés. Tout cela passe par un processus d'investissement structuré et rigoureux.

Quel est votre sentiment sur la crise actuelle des marchés ?
Du point de vue de l'investisseur, les crises financières se suivent et se ressemblent ; soit le gestionnaire des fonds a été suffisamment prudent avant la chute des marchés, et la crise peut s'envisager avec une certaine sérénité, soit aucune précaution n'a été prise, et c'est alors la panique !. Chez DNCA Finance, les inquiétudes liées à la secousse de l'été sur les subprimes n'ont fait que conforter le parti pris de la prudence adopté depuis deux ans. Dans les fonds actions de la gamme Centifolia, nous avions 20 à 25 % de cash. Dans ces produits réservés aux titres décotés, nous investissons peu quand les valeurs attrayantes se font rares, ce qui était le cas déjà depuis un certain temps.

Comment travaillez-vous vos portefeuilles ?
Nous avions eu la prudence de réduire le poids des valeurs financières et celui des valeurs moyennes, si bien que Centifolia et Centifolia Europe n'étaient plus investis qu'à 75% en décembre. Depuis, nous avons pris la décision de réinvestir en remontant notre exposition à 80% sur le premier fonds et à 82% sur le second. Des opportunités ont été saisies sur des grandes valeurs dont la capitalisation des bénéfices estimés pour 2008 était tombée à moins de 10. Certes, les résultats des entreprises seront sûrement revus à la baisse dans le courant de l'année mais avec les PE actuels, nous avons suffisamment de marge pour encaisser des mauvaises nouvelles ; là où l'on attend 9 à 10% de hausse des bénéfices, même si nous avions zéro croissance, nos PE remonteraient de 1 point à peine. Un pari qui nous semble raisonnable.

Quelle est votre position en matière de valeurs petites et moyennes ?
C'est une attitude prudente qui prévaut toujours chez DNCA Finance en ce qui concerne les valeurs moyennes. Elles n'auraient pas suffisamment baissé pour effacer la surcote qui les caractérise. Nous leur préférons les grands titres de la cote que sont par exemple, à la Bourse de Paris, Total, Sanofi, TF1, Cap Gemini ou encore Casino. Une préférence pour des raisons de prix et de liquidité, cette dernière constituant un véritable atout dans l'hypothèse d'un fort ralentissement de l'économie aux Etats-Unis et en Europe. De plus, nous recherchons un bon équilibre des portefeuilles gérés entre les valeurs qui présentent un statut défensif mais qui ont cédé peu de terrain relativement (Télécoms, Utilities,...), et des titres plus risqués (Air France par exemple) mais qui ont suffisamment chuté pour que l'hypothèse d'une récession soit inscrite dans leurs cours. Autre choix stratégique : celui des entreprises françaises et européennes présentes dans les pays émergents (c'est l'exemple de Pernod Ricard). Je n'irai pas investir directement dans les Bourses de ces pays, qui me paraissent chères, mais il me semble intéressant de jouer la croissance de ces zones à travers des sociétés européennes solides et à prix raisonnables.

Quelle est votre lecture des marchés à court - moyen terme ?
Dans les mois qui viennent, nous n'excluons pas la possibilité de renforcer les positions de nos fonds, mais il faudrait pour cela soit un nouveau recul des cours soit que les patrons des entreprises, lors de la publication des résultats 2007, tiennent un discours rassurant sur l'exercice 2008. Pour l'instant, la politique du « wait and see » nous paraît appropriée. En visant un prochain rendez-vous important vers le mois d'avril : nous verrons alors la courbe de l'inflation s'infléchir en Europe à partir d'un pic probable à 3,2 / 3,3% et ceci ouvrira une période propice à une détente des taux de la BCE ; les actions, avec des rendements de 3,5 à 5%, afficheront des rémunérations attrayantes par rapport aux taux courts. En clair, dans cette phase d'observation des marchés, nous faisons clairement le pari à terme d'une sortie de crise par le haut !