Interview d'un gérant de fonds

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Didier Le Menestrel
Président de Financière de l'Echiquier, Gérant d'Agressor


La méthodologie consiste à connaître réellement toutes les entreprises de la cote, à rencontrer et évaluer leur management. La crise finan­cière pénalisant l'ensemble des entreprises, Agressor est bien placé pour saisir les oppor­tunités qui feront les per­formances de demain.

Comment analysez-vous la crise actuelle ? Le pire est-il derrière nous ?
La crise financière que nous vivons s’apparente à un véritable tsunami. Elle a tout emporté sur son passage car elle est d’abord une crise de confiance dans le système bancaire mondial. Le feu n’est pas encore complètement éteint mais un certain nombre de foyers le sont. Les banques centrales ont réagi, les gouvernements aussi. La crainte d’un risque systémique est derrière nous. Les marchés financiers ont été leurs propres pyromanes en créant des bulles sur le pétrole et les matières premières, sur l’euro, sur les marchés émergents. Ces bulles sont en train de se dégonfler. La finance était devenue folle mais les bases d’un nouveau système vont se reconstruire sur les cendres d’hier.

Votre méthode d’investissement accorde une place centrale à la rencontre des entreprises et de leurs dirigeants. Comment vivent-elles cette période difficile ?
Aujourd’hui, la crise financière s’est clairement propagée aux entreprises. Tout le monde est maintenant convaincu que 2009 sera une année difficile sur le plan économique et que les résultats des sociétés vont en souffrir. Chez Financière de l’Echiquier, nos 12 gérants et nos 8 analystes nous permettent d’effectuer notre propre travail d’analyse. Nous passons ainsi régulièrement en revue nos cas d’investissements et les valorisations des sociétés que nous détenons dans les portefeuilles. Aujourd’hui, les cours intègrent un scénario noir, c’est-à-dire une baisse de 30 à 40% des résultats de 2009.

Comment gérez-vous Agressor dans ce contexte ?
Pour les investisseurs que nous sommes, il n’y avait nulle part où se cacher pour échapper à la tourmente cette année, hormis le monétaire garanti par l’Etat. Or, Agressor est un fonds investi en actions. La crise touche très durement les actions parce qu’il s’agit de l’actif le plus liquide, c’est-à-dire le plus facile à vendre lorsque l’on a besoin de dégager de la trésorerie. De fait, au moment du creux de marché du 27 octobre, seules 4 valeurs parmi les 250 qui composent l’indice SBF 250 affichaient encore une performance positive depuis le début de l’année. La « meilleure » performance du CAC 40, GDF Suez, était de – 23%, la pire, Renault, de – 80% ! Heureusement, nous ne détenons pas les valeurs les plus sévèrement sanctionnées.
Aujourd’hui, le fonds compte 50 lignes, réparties de manière équipondérée et qui représentent toutes de très fortes convictions, quitte à être souvent à contre-courant. Je prendrai deux exemples : Safran et Michelin. Le cours de Bourse de Safran, le groupe issu de la fusion de Sagem et de Snecma, intègre une quasi-disparition du transport aérien. En réalité, sa valorisation actuelle est égale aux seuls revenus tirés de la maintenance des moteurs CFM 56 installés sur les Boeing 737 et les A-320. Les activités de défense et de communication sont ainsi valorisées pour 0 ! Quant à Michelin, son résultat net devrait progresser de 50% dans l’hypothèse où les cours des matières premières retrouveraient leurs niveaux de début d’année. Ce qui est déjà le cas…

Est-ce le moment d’acheter ?
La frénésie de gagner est toujours mauvaise conseillère. Il faut donc avoir du temps devant soi car les marchés peuvent continuer à évoluer de manière erratique. La volatilité demeure très élevée. Cela étant, nous vivons une période où il faut avoir la foi du charbonnier. Pour un investisseur à long terme, les valorisations sont historiquement faibles. Aujourd’hui, il n’y a plus de corrélation entre les cours de bourse et la valeur des actifs. Pour acheter, il faut penser que le prix des actifs va se reconnecter à leur valeur. Nul ne sait quand, mais il faut garder à l’esprit que la Bourse anticipe toujours. Les rebonds du marché interviennent toujours avant la fin de la récession.